Fermer

Rénover un duplex ? Oui, si la motivation prime…

Rénover un duplex ? Oui, si la motivation prime…

A coup de triple vitrage, de « patience » et de primes, Mattias D’Hooghe a mué son duplex de l’avenue Chazal en un projet pilote en basse énergie. Pas de la tarte, à vrai dire ! Même pour un architecte de sa trempe. Mais une réussite exemplaire !

Comment le cofondateur de Moka Architectuur allait-il s’y prendre, lui qui rêvait de faire de deux ultimes étages lovés avenue Chazal (Schaerbeek) un modèle environnemental ? Mine de rien, cette copropriété dont une boulangerie valorisait le rez-de-chaussée datait tout de même de 1924.
 

Au centre de ce qui est devenu un si lumineux duplex, l’architecte et graphic designer Mattias D’Hooghe s’est souvenu, en décembre dernier, avoir mis quelque 180.000 € sur la table, en 2013. Soit le prix d’une acquisition qui entrouvrait les portes d’une rénovation que la Région ne qualifia pas de lourde. Pourtant…
 

De par son activité professionnelle, l’homme sorti en 2007 de Sint-Lukas Brussel ne saurait l’ignorer : près de 90% (si pas plus) des logements bruxellois sont très mal isolés. D’où le triple vitrage qui équipe désormais son 4e étage

« Au 3e, on a conservé le double vitrage. Il eut été dommage de le sacrifier alors que sa durée de vie était encore d’une vingtaine d’années ». Ce bon sens -en rien contradictoire avec un souci « d’aller le plus loin possible » dans le durable- a porté ses fruits .

Pour le chauffage, les gens consomment, en général, 150 kilowatts-heures par m2 par an. En nouvelle construction, le standard passif, c’est 15 kWh.

« Nous, nous avons visé 30 kWh. En arrivant à 33-34, ce qui est toujours très bien, nous n’avons loupé le standard très basse énergie que de très peu ». Soyez toutefois sans crainte ce jeune papa et sa moitié ! Couplée à huit panneaux photovoltaïques, l’isolation de leur petit nid donne entière satisfaction : « On produit davantage que ce qu’on consomme ».

Un triple « casse-tête » administratif

L’un dans l’autre, la refonte du désormais chaleureux bien (d’environ 125 m2 habitables) de la famille D’Hooghe aura pris une mini-année, entre mars/avril 2013 et février 2014. Ce timing, Mattias D’Hooghe l’a d’autant plus apprécié que, il en reste intimement persuadé, « un projet pareil en construction neuve, dans le centre-ville, c’est très rare ».

L’isolation intérieure (des parois de 12 centimètres en fibre de bois ; du liège pour une façade ; et de panneaux de 26-27 centimètres, sous toiture) ou la gestion d’une circulation d’air adéquate, c’est une chose. L’intervention sur la terrasse (panneaux écologiques de 16 centimètres d’épaisseur) et la suppression des ponts thermiques en sont une autre.

Mais pour en arriver là, le sympathique néerlandophone a sukkelé ferme :

« Obtenir toutes les primes, c’est assez compliqué ! » Il est vrai que le Chazal requérait des primes à la rénovation (« Elles se demandent avant les travaux ») et à l’énergie (« Elles se demandent après les travaux ») qu’ont complété le label Batex (Bâtiments exemplaires).

Rénover ou bâtir du passif ?

Que faire ? Suivre l’option de notre témoin, c’est-à-dire, acheter à moindre coût pour investir dans une rénovation ou opter pour du neuf qui intégrerait d’emblée le caractère passif ? Mattias D’Hooghe n’a pas de réponse toute faite. Confort, localisation et luminosité de son duplex n’ont, jure-t-il, pas de prix. Mais dans le même temps, retravailler une charpente selon les standards environnementaux actuels coûterait, en moyenne, « 15 à 20% » de plus qu’une construction. Hors primes !

Elia et le confort de vie

In fine, l’investissement dans la rénovation s’est élevé à près de 120.000 €. Et chacun des trois postes d’en avoir rapporté 15.000. Mais au prix de quelle abnégation ! « Ca prend un temps fou, d’assembler les dossiers, de prendre les photos, d’assurer ce va-et-vient vers l’entrepreneur à cause de devis qui ne sont pas établis comme il le faudrait », s’emballe derechef notre hôte.

« Franchement, Batex, qui est presque un concours, je déconseille d’essayer de l’obtenir sans l’aide d’un architecte. » C’est si vrai que des tiers assurent parfois ces tâches, en garantissant l’obtention des primes et en prenant leur marge au passage. Ces démarches, le jeune propriétaire les harmoniserait ; les simplifierait ; et les expliquerait bien mieux au grand public.

Et c’est un homme qui, entre 2009 et 2013, fut de l’aventure des 10.000 m2 de bureaux passifs d’Elia pour le bureau architectesassoc., un homme qui se réjouit que le passif soit obligatoire dans le logement neuf bruxellois, un homme qui, au quotidien, jouit dorénavant d’un confort qu’il revendique, d’un confort qu’il conseille à tous qui le réclame !

« Bruxelles ? Pas si chère que ça… »
 

Bon, d’accord ! Le centre de l’Europe ne brille pas par des prix au plancher. Il n’empêche que dans une cité où, Mattias D’Hooghe le confirme, « chacun a une brique dans le ventre », les projets de rénovation pullulent. A en croire cet homme de métier, en tout cas. Tout simplement, parce qu’à ses yeux d’architecte, il est encore moyen de s’en sortir avec un revenu moyen. « Nous avons acheté notre duplex 180.000 €. Dans une autre capitale, cela aurait été impossible. Bruxelles n’est pas si chère… »